Les Novaks, vers 1969.

Lorsque j’avais reçu l’ami, journaliste et auteur Félix B. Desfossés en 2014 au moment où il lançait son essentiel essai L’Évolution du métal québécois, nous avions exploré plusieurs pépites hard rock de la province dont un mystérieux 45 tours du groupe… Novak. Avec l’aide de l’historien Robert Thérien, j’ai pu retracer le musicien Pierre Rochette qui a généreusement accepté de préciser quelques détails sur l’histoire de son groupe. Il m’apparait pertinent d’ailleurs de souligner que ce Rochette n’est pas à confondre avec le chansonnier montréalais du même nom, membre du groupe Les Contretemps et fondateur de la maintenant-défunte boîte-à-chansons Aux Deux Pierrots.

Les Novaks, vers 1969, avec Michel Pilote, Jean-Marc Collins et Pierre Rochette.

La première incarnation du groupe se fait connaître dès 1969 sous le vocable Les Novaks. On y retrouve le batteur Jean-Marc Collins ainsi que deux guitaristes, Michel Pilote et Pierre Rochette, tous originaires de La Malbaie. Le nom “Novak” avait été trouvé par pur hasard, en mettant le doigt sur une page du dictionnaire des noms propres… Novak est en effet un patronyme fort répandu en République Tchèque et un prénom populaire en Serbie; allez savoir sur quel nom les membres ont arrêté leur choix. Le mot a déjà comme racine “nov” signifiant “le nouveau”, alors ça augurait déjà pas mal…

Novak en formule duo, avec Gilles Harvey et Pierre Rochette.

Un changement de personnel incite à un nouveau nom simplifié dès 1974: dorénavant, ce sera Novak. Entrent alors en scène le batteur Gilles Harvey et son frère Gérard Harvey; avec l’arrivée de ce dernier à la guitare, Rochette opte pour la basse en plus d’asssurer le chant. On jouait surtout dans les bars et les salles de danse, alternant entre nos compositions et des reprises. Au début, on se produisait surtout dans Charlevoix,  mais nous avons plus tard fait une tournée à travers le Québec, partout sauf dans la région de Montréal. On nous avait aussi invité sur le plateau d’une émission matinale à TVA pour la promotion du 45 tours On the beach.

Ce sera d’ailleurs leur premier enregistrement sur disque en 1979, une auto-production qui donnerait le ton à leurs futurs simples – majoritairement chantés en anglais. Sans contrat de disque, Novak navigue en marge des étiquettes et fait presser ses propres 45 tours en faisant affaire avec la compagnie Checkmate Consultants de Montréal. Loin d’être seul dans ce projet, On the beach ainsi que leur second simple sont néanmoins attribués à Pierre Rochette (Novak). Cette première face offre une composition disco-funk pas banale avec un batteur nerveux et quelques bonnes passes à la guitare. Le groove de La Malbaie!

Solitude en face B est un slow ambiant qui voit grand (comme Exodus mais avec de la retenue), ponctué de piano, d’un bon picking à la guitare et de la voix stratosphérique de Louise Bergeron.

 

Le second 45 du groupe, toujours de 1979, s’aventure davantage dans les sillons du revival rock’n’roll. Tu sais comment (créditée à Rochette et Jean-Yves Belley), en face A, demeure une ballade vaporeuse plutôt convenue; la face B ajoute un peu de pep… Someone est un rock’n’roll joliment pastiché, avec choeurs féminins et juste ce qu’il faut de reverb au micro. Rochette et sa bande allaient bientôt toutefois prouver qu’ils pouvaient brasser davantage!

 

Novak avec Gérard Harvey, Pierre Rochette et Gilles Harvey, vers la fin des années 70.

Pour son troisième et ultime simple, la formation adopte un son définitivement plus lourd et maîtrisé, par moments à la croisée du hard rock mélodieux et du heavy metal qui en était alors à ses premiers balbutiements. Les musiciens sont ainsi approchés par quelques spectateurs membres d’un club de motards, Les Conquatcheros. On cherche un hymne, une chanson de ralliement que tous les motards pourraient gueuler! Le groupe accepte le défi et se met à composer. I’m shaking en face A est un bon rock funky aux accents Glam qui ferait bonne figure dans n’importe quelle scène de bar d’un film de bikers. Du sur-mesure!

En face B, cet effet est amplifié. M.C. (Thème du motard) offre tous les ingrédients-clés d’une chanson-thème aussi épique que cinématographique! Bruits de moteur, chant minimaliste, gros fuzz, bon hooks, solos, méchante progression… tout y est! Ça sent l’asphalte pis ca rentre au poste. Si un jour, un véritable film de motards québécois voyait le jour, j’espère sincèrement que ce rock de Charlevoix y sera entendu dès l’intro!

 

Les initiales M.C. signifient « Motard Club » (brodé sur chaque veste des membres d’un club reconnu). Les Conquatcheros n’étaient pas un club criminalisé; ils venaient de Chicoutimi et avaient des clubs à Tadoussac et Sacré-Cœur si ma mémoire est bonne. La réaction des motards était excellente. Ils avaient installé le 45 tours dans les jukebox des bars et celui de leur repère : ils étaient fiers de leur nouveau thème!

Enregistrement et mixage de M.C. (Thème du motard), 1980.

Je tiens à remercier chaleureusement Pierre Rochette pour ses contributions et vous invite à découvrir le photographe talentueux qu’il est devenu.

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