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Ginette Bellavance, 1965 (Archives de Montréal).

Ginette Bellavance, 1965 (Archives de Montréal).

En 2007, le blogue Psyquébélique nous initiait à un 45 tours québécois parmi les plus singuliers, un amalgame de compositions à saveur patriotique et aux sonorités diamétralement opposées. Il y a 4 ans, en découvrant médusé un rare exemplaire du simple J’ai le goût du Québec / Mister Canada attribué au nébuleux groupe YUL, j’ai eu envie de poursuivre l’enquête en tentant de retracer la musicienne Ginette Bellavance, seule artiste créditée en face A du 45 tours. Comble du hasard, l’auteure-compositrice retourne mon appel il y a quelques jours à peine, révélant au passage la connexion entre son ancienne formation et le Parti Québécois! Pour inspirer ses partisans, le parti a en effet longtemps proposé une foule de thèmes et hymnes engagés sur vinyle, mais aucun n’est aussi fracassant et avant-gardiste que celui de YUL. Face au brouhaha qui accompagne depuis des mois le débat entre les 4 prétendants à la chefferie du Parti Québécois, je me suis dit que le moment était bien choisi pour revenir sur le parcours du groupe. Tsé quand le passé freak du PQ rebondit dans l’actualité…

Bellavance a étudié puis enseigné l’Électroacoustique à l’Université de Montréal durant les années 70, composant de nombreuses trames musicales pour le théâtre ainsi que pour divers courts métrages de l’ONF. Elle signe aussi une foule d’indicatifs pour des émissions de Radio-Canada jusqu’en 2004, notamment Un samedi comme ça (1974), Au gré de la fantaisie (1976), L’Art Aujourd’hui (1975) ou Musiques d’ailleurs (1978). Elle revient à l’avant-scène en 1980 en collaborant avec l’ex-leader de l’Infonie Walter Boudreau (Coffre I) tout en enregistrant son premier long jeu éponyme pour l’étiquette Diskade.

Depuis la publication originale de cet article, le percussionniste de YUL Normand Hervieux ainsi que le clarinettiste Robert M. Lepage nous on aussi contacté. Si leur travail au sein de YUL ne représente qu’une infime partie (1969-1974) de leur oeuvre, Bellavance, Hervieux & Lepage ont néanmoins généreusement accepté de participer à cette entrevue, question de faire la lumière sur ces enregistrements. Si vous avez fait partie de la formation ou avez assisté à une prestation de YUL durant les années 70, écrivez-nous : votre témoignage nous importe. Bonne écoute!

En marge de vos études à la fin des années 60, avez-vous composé ou interprété d’autres pièces (en solo ou en groupe) avant de vous joindre à YUL?

G.B. Non aucunement. J’avais prêté ma voix à des annonces publicitaires dont je composais la musique, mais c’est tout. Il faut dire qu’à cette époque, j’écrivais de la musique contemporaine dans la classe de Serge Garant à la faculté de musique de l’Université de Montréal. Alors les chansons, pour moi, c’était inintéressant.

N.H. Ma première formation musicale est venue des Corps de tambours et clairons. Ces formations étaient très populaires à cette époque. Nous parcourrions l’est du Canada et des États-Unis durant tout l’été en spectacles et compétitions. C’était très formateur. YUL était mon second vrai band, le premier se nommait Légendes et n’a eu qu’une courte existence.

Ginette Bellavance, 1965 (Archives de Montréal).

Ginette Bellavance, 1965 (Archives de Montréal).

Comment et à quel moment s’est formé YUL?

G.B. Autour des années 70. Je donnais des cours à l’Université de Montréal et j’y ai rencontré un guitariste du nom de Philippe Lapointe. On a commencé à jouer ensemble puis se sont joints à nous Normand Hervieux (percussionniste) ainsi qu’un bassiste et un clarinettiste dont les noms m’échappent. Les textes étaient signés par mon ex-mari, le journaliste Claude Sauvé. On a décidé de former un groupe…sans autre but que de s’amuser!

N.H. Il y avait Philippe Cabay (basse), Robert M. Lepage (clarinette), Line Bellavance (sœur de Ginette; voix), Daniel Arié (son) & Kenneth Lemieux (éclairage). Vers 1980, une partie du groupe YUL s’est transformée en accompagnateurs pour le spectacle de Ginette Bellavance.

R.M.L. Sans oublier Gerry Leduc (vents).

À quoi référait le nom du groupe spécifiquement?

G.B. À l’acronyme de l’Aéroport de Montréal, tout simplement.

Quelles étaient vos influences musicales?

G.B. A cette époque, j’étais encore à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et la musique contemporaine, moins présente dans ma vie, continuait de m’influencer. Je ne voulais pas du tout former un groupe rock, mais un groupe qui se différencierait du carcan des tunes rock de l’époque. Nous avions composé une trentaine de pièces et nous avons fait une petite tournée du Québec, de même que diverses prestations pour des émissions de radio en direct. Comme ça n’était pas de la musique populaire, petit à petit, l’intérêt de chacun a diminué et le groupe est disparu.

Archive de Normand Hervieux.

Archive de Normand Hervieux.

Vous avez partagé la scène avec L’Infonie, assurant la première partie du spectacle filmé pour L’Infonie Inachevée (YUL est toutefois absent du long métrage). Quels liens entreteniez-vous avez le groupe?

N.H. Une certaine parenté musicale basée sur l’ouverture au monde ainsi qu’une certaine démocratisation d’une musique plus savante que celle retrouvée à cette époque en musique pop. La musique de YUL était également influencée par celle de Léo Ferré et Brigitte Fontaine.

Est-ce que YUL performait sur scène à l’époque ou était-ce principalement un projet musical pour composer des bandes sonores pour diverses pieces de théâtre?

G.B. Yul a performé sur quelques scènes, mais jamais pour des bandes sonores. Pour ce qui est de la musique des pièces de théâtre -j’en ai écrit une quarantaine- je le faisais en solo avec un Moog et divers synthétiseurs.

N.H. Au spectacle de la St-Jean 1972 sur les Plaines d’Abraham à Québec, YUL s’est produit au Palais Montcalm avec Luc & Lise Cousineau, L’infonie, Les Karricks, Louise Forestier et Clémence Desrochers.

Le Devoir, octobre 1973.

Le Devoir, octobre 1973.

yul2Est-ce que le Parti Québécois vous avait approché pour écrire ou utiliser cette chanson?

G.B. Effectivement, un organisateur nous avait passé une commande pour ces élections du PQ on nous a imprimé un petit disque. On a eu le grand bonheur de chanter et jouer au Forum de Montréal en 1973.

Est-ce que ces 2 chansons du 45 tours de YUL étaient liées à un happening ou un événement en particulier? Où était vendu le 45 tours?

G.B. C’était lié aux élections provinciales d’octobre 1973. Le PQ donnait des 45 tours, mais il n’était vendu nulle part.

N.H. Nous étions très enthousiastes de jouer devant 16 000 personnes au Forum de Montréal pour la présentation des candidats Péquistes à l’élection provinciale. Nous étions ravis et même parfois impressionnés de croiser René Lévesque, Camille Laurin, Robert Burns et autres.

Mister Canada est à mes oreilles une des pièces les plus singulières de l’époque, à mi-chemin entre la musique contemporaine et le rock psychédélique! L’atmosphère est tendue, les paroles répétées comme un mantra (And you will die, you will die…) donnent froid dans le dos! C’est violent, même. Était-ce un plaidoyer souverainiste?

Ahhh ça il faudrait le demander à l’auteur des paroles, Claude Sauvé.

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Même le critique confond les chanteuses…

Quelle autre composition du groupe se distinguait à vos oreilles, à l’époque? Est-ce que Claude Sauvé composait la majorité des textes?

N.H. YUL avait à cette époque une douzaine de chansons à son répertoire et Claude Sauvé composait tous les textes. Les plus réussies à mon avis avaient pour titre 500,000 Amériques, Au commencement, Professeur Klein ou La machine choppe.

Vers la même époque, Marielle Bernard (Fondatrice du théâtre sans fil, auteure et dramaturge) publie sur 45 tours un manifeste «Moi, j’ai pu peur» pour le candidat péquiste Paul Unterberg en s’accompagnait du reel «J’ai le goût du Québec». La trame musicale est la même qu’en face A du 45 tours de YUL. Quel était votre lien avec Bernard?

G.B. Marielle Bernard est une inconnue pour moi. C’est la première fois que j’entends parler de J’ai pu peur.

C’est qui est le plus étonnant, c’est que Bernard elle-même n’a aucun souvenir de cet enregistrement réalisé pour le comté de Fabre (Laval) que convoitait le PQ à l’époque. Peut-être s’agissait-il d’une autre interprète du même nom? On l’ignore pour l’instant. Le manifeste est l’œuvre d’André Caron alors nous lui laisserons la parole… Chose certaine, le simple reprend en face B la même version de la pièce J’ai le goût du Québec, proposé simultanément par YUL en face A de son 45 tours. Merci à Léa-Kim Châteauneuf pour cet extrait.

Quelques pièces inédites de YUL auraient été enregistrées sur bandes magnétiques à l’époque, jugées trop marginales et pas assez commerciales de l’aveu-même de Bellavance, alors il est fort plausible qu’il y ait une suite à cet article… Avouez que ça promet déjà!

Publicité tirée du journal La Patrie, octobre 1973.

Publicité tirée du journal La Patrie, octobre 1973.

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2 Commentaires

Super entrevue ! Vivement une réédition des autres pièces de YUL .

Merci Simon! Tout article d’il y a 10 ans a été LA bougie d’allumage pour cet article. ; )
Croisons les doigts que Mme Bellavance retrace ses bandes inédites de YUL…

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