Seigneurs

Les Seigneurs… sans Paskal ( lesgroupesdelabeauce.blogspot.ca ) avec Michel Gilbert (à droite) et Robert Bolduc (1er à gauche).

Michel Gilbert

Michel Gilbert

50 ans après les premiers remous YéYé, il y a de ces artistes et groupes qui demeurent des mystères pour les collectionneurs les plus férus… Ça pimente nos enquêtes et c’est tant mieux! Ainsi, pendant plusieurs décennies, rien ou presque n’avait été publié sur le nébuleux groupe Paskal & les Seigneurs qui semblait échapper aux historiens du rock’n’roll comme Léo Roy (La fabuleuse époque des groupes des années 60; Rétro-Laser; 2003) et Richard Baillargeon (Québec Info Musique; Sarma; magazine Rendez-Vous). J’ai récemment contacté ces derniers avant de diffuser le 45 tours pour notre Spéciale Garage avec Michel Alario.

L’étiquette Loir n’a publié que trois simple entre 1966 et 1968, tous convoités par les amateurs de rock garage brut. En plus de Paskal et Les Seigneurs, on y retrouvait Les Odds et Les Stratones, deux formations de la ville de Québec. Roy avait pu rencontrer l’impresario Robert Bob Chamberlan des Disques Mars, Loir et Clan peu avant son décès en 2013. L’homme avait signé bon nombre de groupes à succès dans les années 60 comme Les Gants Blancs ou Les Sextans et avait de bons souvenirs de ses formations les plus méconnues… sauf pour Paskal & les Seigneurs qui le médusaient toujours. Comme leurs collègues chez Loir, Chamberland n’avait pas souvenir d’eux… On ne pouvait s’entendre que sur un détail : le groupe devait être originaire de la région de Québec… sans plus. Consultez le blogue La Mémoire Retrouvée pour découvrir les 45 tours des Odds et des Stratones.

En diffusant le 45 tours, j’ai été aiguillé vers le site Les groupes de Beauce réalisé par Gilles Loignon qui diffusait une affiche plus tardive du groupe. C’est en échangeant avec des membres de sa page Facebook que j’ai rapidement été contacté par des cousins des musiciens et ultimement par Michel Gilbert, batteur pour Paskal & les Seigneurs, qui a généreusement offert de répondre à nos questions afin de mettre un terme au mystère entourant son ancienne formation.

Le groupe était originaire de Saint-Georges de Beauce et a fait ses débuts en 1966 avec Ghislain Paskal Grenier (chant), Robert Bob Bolduc (guitare solo), Rénald Doyon (basse), Émilien Steve Bergeron (orgue) & Michel Gilbert (batterie). Le groupe a adopté le nom Paskal & les Seigneurs à la suggestion de leur gérant, Réjean Rancourt. Grenier n’était pas leur seul à utiliser un pseudonyme. Le guitariste Robert Bolduc s’était renommé Bob Harrison en l’honneur de son Beatle préféré, George Harrison, et c’est ainsi qu’on le créditerait sur l’étiquette. On y notait d’ailleurs aussi la présence de C. Harrison sur l’étiquette du 45 tours, mais ça.. c’était une erreur de Loir qui devait créditer notre reprise en face B au Beatle, nous confiait Gilbert (c’était en fait une composition du duo Lennon-McCartney).

Loir_Seigneurs_1En plus de participer à plusieurs jamborees d’orchestres, le groupe a souvent joué au Centre Social de Saint-Georges de Beauce et les hôtels des environs en plus de tourner à Rimouski, Mont-Joli, Matane, Cap-Chat, Rivière-au-Renard, Haute-Rive et Baie-Comeau.

Gilbert se souvient : Dans le temps on jouait surtout des tounes commerciales et américaines du hit parade, les chansons les plus populaires du temps. Après le premier set à l’hôtel où nous jouions un soir, tout allait super bien. On recommence le deuxième set mais là il s’est passé quelque chose d’imprévu. Je plaçais deux spots de lumière près de ma batterie pour avoir un bel effet, tout à coup au beau milieu d’une tune, je me suis rendu compte qu’il y avait de la fumée. Je me suis alors penché pour essayer de voir ce qui se passait et à ma grande surprise le feu était pris à mon bassdrum! Je l’ai rapidement lancé sur la piste de danse et éteint. Plus de peur que de mal : personne de blessé heureusement. J’ai pas eu le choix de terminer la soirée avec seulement mon snare et mes cymbales. Je peux vous dire que ma soirée n’a pas été très payante… ahaha

Les Switchs à la fin des années 60.

Les Switchs à la fin des années 60.

C’est leur gérant qui convaincra Chamberland de les signer sur Loir. Contrairement aux Odds et aux Stratones qui réaliseront leur unique simple aux studios StéréoSound de Montréal, Paskal et Les Seigneurs visiteront pour leur part un studio de Lévis pour enregistrer leur composition, Tous ces problèmes, et une reprise des Fab Four, Je ne devrais pas y penser. Leur simple serait le troisième et dernier à être pressé sur Loir. Malheureusement, le groupe se séparerait peu de temps avant que son 45 tours ne soit publié; en conséquence, Chamberland n’aurait commandé que 250 exemplaires du simple, redistribué à raison de 50 copies pour chaque membre du groupe. Du lot, plusieurs copies furent perdues dans un incendie quelques années plus tard et Michel Gilbert n’en possède aujourd’hui qu’un seul et précieux exemplaire… Rare, dites-vous?

Suivant la publication du 45 tours, Ghislain Grenier et Émilien Bergeron quittent et sont remplacés par Mario & Yvon Poulin. Cette nouvelle mouture sera simplement connue sous le nom Les Seigneurs et poursuivra ses activités pendant 8 à 12 mois. Au départ de Mario & Yvan Poulin, le groupe accueillera pendant un temps Diane Pomerleau (guitare, chant). Lorsque cette dernière déclara forfait, on eut tôt fait de recruter Richard Greniser (basse) et d’opter pour un nouveau nom: Les Switchs. Quelques-uns des musiciens poursuivraient leurs carrières musicales respectives, mais pour Gilbert, c’était la fin et le bon moment pour se réinventer, professionnellement parlant.

Si les autres 45 tours Loir offrent chacun une face A originale et grinçante à souhaits, celui de Paskal et Les Seigneurs ne fait pas exception et le rock primal de Tous ces problèmes a de quoi secouer! Cette composition de Bolduc/Harrison et Doyon est lancinante et sonne aussi heavy que celles de leurs autres collègues chez Loir. Après une courte et cinglante introduction qui n’est pas sans rappeler l’hymne national, on y troque le fuzz au profit d’un orgue grinçant, d’une prise de son par moments saturée et d’un solo de guitare parmi les plus déments. Intense! Soyons honnêtes, dans l’ensemble, ce titre sonne brouillon et le mix étouffe la batterie au profit de la guitare rythmique, mais ce ne sont pourtant pas ici des défauts. Bien au contraire! Le phlegme de ces musiciens est authentique et ils vous balancent à la figure un véritable diamant brut du rock garage québécois! C’est sale comme c’est bon!

Pour l’anecdote, j’ai dû partager Tous ces problèmes sur une autre plateforme que Soundcloud qui soulignait qu’une étiquette américaine (bootleg) détenait les droits sur ce titre et m’interdisait du coup la libre-diffusion du titre. Or, rien n’est plus faux et au nom des musiciens originaux, j’ai opté pour contester cette décision. En attendant la fin du litige, je vous la proposerai donc sur YouTube.

Au revers, le groupe adapte You got to hide your love away des Beatles et le résultat est plus qu’honnête, sobre solo d’orgue en prime et un Hey! en finale qui nous rappellent l’aspect rugueux de la formation qui semblent déjà prêt à enchaîner une pièce plus percutante.

Je tiens à remercier Michel Alario pour la numérisation, Robert Thérien, Michel Gilbert, Gilles Loignon ainsi que les proches d’ex-membres des Seigneurs pour leur collaborations! Si vous avez d’autres anecdotes/documents à ajouter à cette courte biographie, écrivez-nous!

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1 Commentaire

Merci! de me faire connaître ce groupe que je ne connaissais pas du tout!

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