première photo des Ékos Septembre 1965 copy

Les Ekos, représentants québécois des guitares italiennes EKO!

Yves Bérubé.

Yves Bérubé.

Il y a 50 ans, la vague yéyé déferle déjà depuis un moment sur le public québécois qui commence alors à reluquer de nouvelles formations atypiques qui propulsent la frénésie issue des salles de danse à un niveau supérieur. Entrent alors en scène divers tenants du frat rock ou du garage rock, carburant au fuzzbox et affichant des cheveux de plus en plus longs. Longtemps dans l’ombre de centaines d’autres formations, nous revenons aujourd’hui sur un de ces groupes méconnus qui a néanmoins laissé un témoignage rock parmi les plus dévastateurs : Les Ekos!

La formation débute à Montréal en octobre 1965 et est composée de musiciens issus des quartiers Ville-Émard et St-Henri. On y retrouve André Lavigne (chant), Michel Lavigne (batterie), Pierre « Stone » Haché (guitare rythmique), Jean-Marc Beaulne (basse, chant) & Yves Bérubé (guitare solo, harmonica, chant). Bérubé précise : « Nous avons pris le nom Ékos car nous utilisions une basse EKO et 2 guitares EKO Rokes, fabriquées en Italie…. Nous devions en faire la promotion au Québec. » Comme peu de musiciens québécois avaient accès à ces modèles d’instruments (développés à l’origine pour le groupe rock italien The Rokes, d’où leur nom), on devine que ce gimmick devait faire son effet à l’époque.

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Catalogue Eko, 1966.

Le frère du bassiste des Ekos, Rhéal Beaulne, accepte de gérer la formation et leur décroche rapidement un contrat de disque auprès des disques Caravelle, une division de Trans-Canada. Les musiciens rejoignent ainsi une petite clique d’artistes comme Les Dandys, le duo Céline & Andrée ou Frederic Soldez, tous signés sur la microscopique étiquette.

Les Ekos, première photographie promotionnelle.

Les Ekos, première photographie promotionnelle.

Leur premier 45 tours offre deux compositions originales, supervisées par l’arrangeur André Sévigny (décédé en avril 2015). L’enregistrement a lieu au printemps 1966 et le simple est lancé au début de l’été. La face A, Foulez, foulez, se démarque habilement à l’époque, ne serait-ce que par son rock grinçant, des solos explosifs, mais aussi par son rythme frénétique peu commun. Une véritable bombe qui, curieusement, n’a jamais été compilée depuis sa création! Allez comprendre…  Bérubé ajoute : On écoutait des jazzmen comme Dave Brubeck, on était précoce et on a joué ça en 6/4. J’ai probablement aussi été un des premiers guitaristes à utiliser une pédale à distorsion en studio. Les ingénieurs du studio RCA ne savaient pas quoi en penser et ne comprenaient pas le style musical qu’on préconisait. Le titre de la chanson référait à la sensation de liberté qui se dégage lorsque l’on marche/foule pieds nus dans l’herbe fraîche… Bien que le groupe ait pu interpréter leur simple à la télévision de Sherbrooke (probablement à l’émission Bonsoir Copains ), leur succès serait de courte durée suivant une critique assassine –et injustifiée!- de Jacques Duval à son émission Le cimetière du disque. Déjà vu…

Les Ekos en 1966.

Les Ekos en 1966.

Au revers, on retrouve Pourquoi, une ballade garage comme on les adore, avec son ton légèrement plaignard et ses quelques notes à l’harmonica; pas surprenant que le collectionneur Michel Alario ait choisi de l’inclure sur sa compilation personnelle Yéyé à Gogo, depuis bootleguée plus de 4 fois par différentes étiquettes sans scrupule. Une ballade donc, un titre plus lent qui n’invite cependant pas nécessairement à être dansé comme un slow…  Cette composition rappelle une pièce comme Sorrow popularisée par The McCoys la même année.

Le groupe se relève et rejoint bientôt la firme Succès Match, une division de Météor. Match propose essentiellement des 45 tours promotionnels, offerts dans les supermarchés québécois en échange de quelques preuves d’achat de pain tranché. La formule remportera énormément de succès et l’étiquette lancera ainsi une foule d’artistes comme Karolyn Vallée, Renée Martel et Les Artistocrates (parfois sous le pseudonyme Les Motions). Sur chaque simple, on retrouvait deux artistes proposant chacun l’adaptation d’un succès populaire du moment. Pour son second 45 tours à l’automne 1966, le groupe est ainsi jumelé à Karo Vallée. Alors que cette dernière offre une relecture de l’hyme de l’Exposition Internationale de 1967 (Un jour, un jour), le revers propose La Terre promise par Les Ekos, une adaptation de California dreamin’ des américains The Mamas & the Papas, popularisée en français par le chanteur Richard Anthony.

Les Ekos, vers 1967.

Les Ekos, vers 1967.

Les Ekos, vers 1967.

Les Ekos, vers 1967.

Un second 45 tours est publié presque simultanément chez Succès Match. Toujours couplé à la chanteuse Karo, le groupe proposait son interprétation de Windchester Cathedral, un tube planétaire de l’été 1966 pour les anglais du New Vaudeville Band. Cependant, ce ne sont pas Les Ekos que vous entendez… La pièce Winchester Cathédrale avait été enregistré par des musiciens de studio avec André Lavigne au chant. Nous avions protesté, mais on était jeune et inexpérimentés… Novelty song par excellence, la chanson est copiée et revisitée par des centaines d’artistes durant la même année et cette relecture attribuée malgré tout aux Ekos est à des lieux de leur véritable son.

Les Ekos sur scène entre 1967 (gauche) et 1968 (droite).

Les Ekos sur scène entre 1967 (gauche) et 1968 (droite).

Ce sera malheureusement leur dernier lègue sur vinyle. Le groupe poursuit ses activités durant quelques années avant d’imploser en 1969. Pierre Haché et Jean-Marc Beaulne optent pour une nouvelle carrière tandis qu’André & Michel Lavigne continuent alors de performer dans des clubs et des cafés. De son côté, Yves Bérubé rejoint en 1973 le power trio TAMA. Entre 1972 et 1974, on faisait des compos en anglais dans le style progressif, un peu dans le genre de Rush. Lorsqu’on se faisait demander quel était notre style on disait  «la section rythmique de ELP avec Hendrix / Pink Floyd sur la guitare». Il participera à quelques autres formations, composant des trames musicales pour des pièces de théâtre et des films tout opérant au cours des années pas moins de 3 studios d’enregistrements.

Yves Bérubé dans un spectacle de 1973 du groupe TAMA à Repentigny.

Yves Bérubé dans un spectacle de 1973 du groupe TAMA à Repentigny.

Incroyable! En 2001, les musiciens des Ekos se sont réunis dans le studio d’Yves Bérubé à St-Constant. Pour faire écho (!) à leurs premiers enregistrements réalisés 35 ans plus tôt, le groupe a revisité son premier 45 tours et donné un second souffle aux deux compositions Et oui… ça déménage toujours autant!

Je tiens à remercier Yves Bérubé qui a bien voulu répondre à mes nombreuses questions et partager quelques photos de son groupe.

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4 Commentaires

Que de bons souvenir.

Content que ça vous plaise! Et MERCI pour la musique!

J’ai bien aimé. Que de souvenirs douloureux, ce solo de flûte. Flûte! J’avais oublié de bloquer un des multiples trous qui se trouvent sur cet instrument! Malheureusement, j’ai dû réanimer ma fille Marianne qui se tordait hilare sur le tapis du salon… Ma seule consolation, c’est d’avoir inspiré le groupe Crampe en masse pour le choix de leur nom. J’en déduis qu’ils ont dû écouter le solo. Comme dirait Gaston Lagaffe : ” Bof…”

Ahaha Dur dur de redécouvrir ce solo -digne de celui de ‘Wild Thing’ des Troggs!- 50 ans plus tard? ehehe Merci pour votre témoignage!

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