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La Patrie, décembre 1970.

La Patrie, décembre 1970.

Chers Québécoises, Québécois et québécophiles et touristes de la Belle Province, bonne Saint-Jean-Baptiste!

Plus ça change au Québec, plus les mêmes constats socio-culturels semblent se répéter alors que le rêve d’indépendance mijote toujours au coeur des souverainistes. Ce simple peu commun publié en 1971 sur le microscopique label L’Étiquette (deux simples répertoriés, dont un autre de François Berthiaume) résonne toujours aussi fort 44 ans plus tard! La chanteuse Brigitte Martin fut l’une des nombreuses interprètes depuis les années 70 (Claude Gauthier, Gilles Vigneault, Luc & Lise, Paul Piché, Félix Leclerc, Modus Vivendi, etc.) à condenser les motivations de tout un peuple à se distinguer de ses «voisins canadiens». Au sein du duo Le Grand Ménage -un nom déjà évocateur!- cette enseignante-devenue-chanteuse eut le temps de commettre deux 45 tours. Rapidement dépisté par le producteur Gilles Brown, le duo enregistre pour l’étiquette Apollo (une sous-division de Polydor) un tube mineur (Quelle famille ) et une composition engagée, Les chômeurs québécois. Leur brève existence ne dépasse pas ces 45 tours et au tournant de 1971, Martin lance sa carrière solo. Elle délaisse ainsi son comparse Jacques Quesnel pour se rapprocher de l’arrangeur et producteur Jacques Crevier. Alors que Le Grand Ménage proposait un amalgame typique de folk et de pop avec quelques élans plus ludiques voire western, Martin cherche maintenant à faire sa marque avec un hymne plus dramatique et à fleur de peau.

Le 45 tours fut pressé en mono et on peut déduire que sa distribution fut somme toutes limitée. Crevier, généralement habitué à un spectre sonore plus élaboré, dirige efficacement un petit groupe de musiciens et démontre qu’il avait décidément plus d’un tour dans son sac. L’étonnamment joyeuse composition Chu découragée fut retenue en face A. Le ton est léger, les refrains en la-la-la. Martin chante l’oisiveté et la paresse de la génération hippie, tout ça sur un air qui aurait très bien pu plaire à Marthe Fleurant ou plus précisément à Marie Savard (une influence évidente).

Ça’a pu d’respect pour rien, ça s’évade avec d’l’acide.

J’me d’mande bien qu’est-ce qui s’en vient: un av’nir complètement vide?

Le monde est r’viré à l’envers. Y’a plus rien à inventer: j’chu découragée!

LeGrandMénageLa pièce de résistance -et de circonstances!- se terre en face B. Québec je t’aime, cosignée par Martin et Crevier, compresse une instrumentation grave sur laquelle Martin vous décoche une salve de constats patriotiques parfumés à la vitriole. Pas de doute, fallait que ça sorte… Un guitariste vient saturer en conclusion la trame sonore d’un discours digne des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste. Intense! Je perds la trace de Brigitte Martin à la suite de cet unique (?) 45 tours. Si M. Crevier a souvenir de cette session ou si vous avez des informations quant au reste de la carrière de Martin, écrivez-nous. En attendant, bonne écoute et bonne Saint-Jean!

Connaissez-vous un pays où on va continuer à parler en joual?
Parce que le joual c’est not’ langue!
Oui, vous allez voir qu’on va l’bâtir.Le pays bondira pas des familles nombreuses pis des quêtes de missionnaires
Vous allez voir qu’on va le bâtir le pays de l’amour, de l’équilibre et de la liberté

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